Jeu d'évasion (survivre au zoo)
Les outils de capture et d’enfermement des animaux sont à la mesure de leur pouvoir de résistance. Dans une nature aux échelles distordues par les relations de pouvoir, des éléphants s’extirpent d’une lourde chaîne et du champ de tir d’un chasseur safari; le flou tente de masquer la violence au centre du tableau.
Avec Jeu d'évasion, je me suis questionnée sur la façon de raconter notre relation avec les animaux. Bien qu’ils soient surreprésentés dans les récits pour enfants, les animaux demeurent absents de l’histoire des civilisation humaines, qui est pourtant aussi celle de leur asservissement progressif. Peut-on représenter, au risque de l’anthropomorphisme, les animaux comme des acteurs historiques ? Qu’est-ce qui fait obstacle à un tel projet dans les représentations historiques classiques ?
L’œuvre oscille la représentation d’un grand drame mythologique, dans la lignée des tableaux d’histoire, et d’une simple nature morte, représentant un jeu d’enfants: les animaux sont à mi-chemin entre des singularités dotées de volonté et de simples figurines, capturées dans leur représentation. La miniaturisation par le jouet et sa manipulation insouciante sont peut-être les premières étapes d’un processus d’objectivation : les jeux d’enfants ne sont-ils pas une école de la cruauté, où on l’apprend à disposer des êtres et des choses moins puissantes que nous? Par l’ambiguïté entre l’inanimé et le vivant, entre le jeu et la tragédie, j’ai souhaité réfléchir à la difficulté de représenter l’agentivité de l’animal.
huile sur toile, 60 x 36 pouces, 2025.


