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Le terrain de jeu de la cruauté
 

Les petites figurines de jeux de plateaux avancent et reculent au gré des aléas des dés jetés. Elles rencontrent parfois d’autres pièces et, soumises à la stratégie des joueurs, changent de direction, s’écroulent ou restent encadenassées sur une case. Dans le règne des jouets, les figures animales, miniaturisées et inanimées, n’offrent aucune résistance : elles constituent une première expérience où l’environnement se plie à nos gestes.

 

Le terrain de jeu de la cruauté s’intéresse au jeu d’enfant comme l’un des premiers lieux où nous apprenons à posséder et disposer des êtres et des choses moins puissantes que nous. Les œuvres mettent en scène un grand plateau de jeu duquel des figurines animales tentent de s’échapper. Entravés par des grillages, les petits jouets semblent être dominés par des objets plus grands qu’eux et à la merci de la manipulation insouciante des joueurs.

 

Les mises en scènes des photographies, fortement artificialisées, empruntent à l’esthétique du diorama.  Nés au 19e siècle, les dioramas étaient utilisés dans les musées d’histoire naturelle pour présenter des animaux taxidermisés dans une nature idyllique, alors en disparition par l’industrialisation. Ces décors bidimensionnels, peuplés d’objets en plastique, enferment symboliquement les animaux dans un environnement artificiel.​​​​

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Présenté à l'occasion de l'exposition Le terrain de jeu de la cruauté, présenté à la Maison de la culture Marie-Uguay à l'automne 2025.

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Installation textile. Structures de bois, loquets et impressions numériques sur tissu polyester et collage textile, 78 x 68 pouces (espace au mur). D'après un travail en photographie argentique. 

Les outils de capture et d’enfermement des animaux sont à la mesure de leur pouvoir de résistance. Dans une nature aux échelles distordues par les relations de pouvoir, des éléphants s’extirpent d’une lourde chaîne et du champ de tir d’un chasseur safari; le flou tente de masquer la violence au centre du tableau.​ Avec Jeu d'évasion, je me suis questionnée sur la façon de raconter notre relation avec les animaux. Bien qu’ils soient surreprésentés dans les récits pour enfants, les animaux demeurent absents de l’histoire des civilisation humaines, qui est pourtant aussi celle de leur asservissement progressif. Peut-on représenter, au risque de l’anthropomorphisme, les animaux comme des acteurs historiques ? Qu’est-ce qui fait obstacle à un tel projet dans les représentations historiques classiques ?​L’œuvre oscille la représentation d’un grand drame mythologique, dans la lignée des tableaux d’histoire, et d’une simple nature morte, représentant un jeu d’enfants: les animaux sont à mi-chemin entre des singularités dotées de volonté et de simples figurines, capturées dans leur représentation. La miniaturisation par le jouet et sa manipulation insouciante sont peut-être les premières étapes d’un processus d’objectivation : les jeux d’enfants ne sont-ils pas une école de la cruauté, où on l’apprend à disposer des êtres et des choses moins puissantes que nous? Par l’ambiguïté entre l’inanimé et le vivant, entre le jeu et la tragédie, j’ai souhaité réfléchir à la difficulté de représenter l’agentivité de l’animal.​

 

Jeu d'évasion, huile sur toile, 60 x 36 pouces, 2025.​

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© 2026 Mathilde Bois

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